Nous étions devant le MEDEF le 25 mai pour y accueillir Patrick MAYO. A ce titre nous savons exactement ce quil en a été. Une toute petite centaine de personnes était présente, quelle déception ! Si lon élimine de ce comptage les Présidents dassociations on peut quasiment affirmer que les CRS étaient plus nombreux que nous Sil est logique que les chômeurs devant voyager naient pu nous rejoindre il nous est difficilement compréhensible que les chômeurs Parisiens ne laient pas fait. Tous ceux qui se sont investis dans la démarche de Patrick MAYO ressentent aujourdhui cette amertume. Nous étions quatre chez Patrick dans lincertitude avant le rassemblement : Denis Huet, créateur du site de la marche, Patrick lui-même bien entendu, sa compagne Yasmine et moi. Nous espérions encore alors être nombreux même si Patrick ne se faisait déjà plus guère dillusions au vu des faibles rassemblements quil a pu générer tout au long de son périple. Un chômeur ne travaille pas, il a donc à priori plus de facilités à se libérer. Où était-il donc le 25 mai ? Devant sa Playstation, son ordinateur ? En train de bronzer sous le soleil de plomb qui nous surchauffait ce jour là ? Quelle est cette formidable léthargie qui empêche de se rendre disponible ne serait-ce quune heure ou deux ? Cest, pour employer une métaphore, de lincompétence Nous avons vu les Présidents dassociations, ces « PDG du chômage » se précipiter devant les journalistes et le représentant du MEDEF mais nous, simples chômeurs, semblions nêtre rien Rien du tout ou presque. Le chômage nexisterait pas selon certains mais je nai pas cette vision. Cependant force ma été de constater que les chômeurs sont invisibles. Comment veut-on attirer lattention sur nous si lon ne se montre pas ? Insondable mystère encore une fois que le comportement humain Impossible de se mobiliser activement pour une cause qui nous touche tous sans distinction, quelle ineptie !
Quant à Patrick, je ressens un profond parallélisme entre sa situation et la mienne. Patrick, jose croire aujourdhui que tu es mon ami. Nos histoires sont les mêmes à quelques virgules près. Ce sont nos compagnes qui nous aident à porter notre fardeau que constitue léchec permanent que nous vivons. Ce sont aussi nos enfants. Eux aussi souffrent. Si parfois nous déprimons ou sommes en colère nous avons besoin deux pour nous redresser. Il nous faut dialoguer, leur parler, leur expliquer encore et toujours que non, nous navons pas baissé les bras. Nous ne pouvons pas même si nous en avons envie nous isoler dans notre malaise intérieur et nous exclure encore plus de la société extérieure en nous détachant de nos seules attaches avec lui quils représentent. Nous ne le pouvons pas par respect pour eux mais surtout pour nous. Ce serait le début dune chute terrible. Il nous faut malgré tout garder la joie de vivre avec eux, garder la joie davoir une famille et ce alors même que nous ne pouvons pas améliorer leur sort matériel. En contrepartie nous pouvons améliorer leur situation affective.
Cest vrai et indéniable que le chômage de longue durée déstructure. Il conduit les chômeurs à la négation de leur présence dans la société et en arrive parfois à briser des couples pour la pire des raisons qui soit : le manque dargent Ne laissons pas cette situation effondrer le dernier bastion quil nous reste : notre famille. Je sais ce quest ce risque puisque je le vis au quotidien. Je sais aussi que tu dois probablement parfois vivre la même chose. Alors je nai quun mot à te dire Patrick au cas où ce soit le cas : crois-moi, je tassure fais-moi confiance, nous y arriverons. Le pire naura jamais raison de nous parce que nous sommes plus forts que lui. Nous nétions pas seuls à Paris le 25, les autres étaient simplement invisibles. Nous ne sommes pas seuls chez nous, nos compagnes et enfants nous aiment. Nous avancerons ensemble, eux, nous, Denis Nous nous battrons et nous gagnerons. Même contre les moulins à vent.
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